Yann Tiersen : « Le breton m'a apaisé » - Interview au Festival Interceltique de Lorient
Césarisé en 2002 pour la BO d'Amélie Poulain, Brestois de naissance installé sur l'île d'Ouessant, Yann Tiersen revient au Festival Interceltique de Lorient pour une performance originale : un concert en deux parties, à la fois intimiste et révolté.
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Rathling from a Distance / The Liquid Hour : c'est le nom du nouvel album que vous présenterez sur scène à Lorient, après une première tournée au printemps. Que raconte cet album, qui confronte le piano et l'électro ?
Yann Tiersen : La première partie au piano solo est un peu comme une méditation ou une introspection. Depuis 2023, j'ai fait pas mal de tournées à bord d'un bateau à voile, et quand on est en mer, on se décharge de toute pression sociale, on se tient seul, face à l'océan et face à soi-même. La mer est un révélateur, cela permet de se retrouver. La seconde partie est plus électro et militante : elle est née pendant les élections européennes et législatives. J'ai eu envie de créer une bande-son pour aller dans la rue. Donc cet album c'est à la fois se retrouver et descendre dans la rue…
Vous vivez sur l'île d'Ouessant, où la mer est omniprésente. Comment est la vie insulaire ? Qu'est-ce qu'elle vous apporte en tant qu'artiste ?
Ouessant est une île qui me convient bien, et depuis longtemps. C'est une île de marins de commerce, toujours partis, un peu comme moi quand je suis en tournée : entre voyages et longs séjours à la maison. Une île est aussi un monde en format réduit, à dimension humaine : c'est une grande chance. Et puis, sur une île, c'est une évidence de ramasser ses déchets, de faire attention à son environnement, à sa consommation : ce sont des préoccupations du quotidien, c'est concret.
« Lorient et Brest sont des villes que je trouve très belles. Leur beauté n'est pas celle de leur apparence, mais elle vient de leur histoire, de leurs habitants. »
Vous revenez à Lorient, et votre dernier passage au Festival Interceltique (FIL) remonte à 2018. Vous qui parlez le breton et qui aimez la Bretagne, ça vous parle ce grand festival dédié aux cultures celtes ?
Je suis déjà venu deux fois au FIL, mais toujours en tant qu'artiste, pas toujours comme spectateur. Quand je viens, je finis plutôt dans les bars… En 2018, je me souviens d'avoir fait une interview en breton avec une radio galloise. J'aime beaucoup Lorient, c'est une super ville, synonyme de fête. Lorient et Brest sont des villes que je trouve très belles. Pourtant, elles ont été détruites durant la 2de Guerre mondiale. Leur beauté n'est pas celle de leur apparence, mais elle vient de leur histoire, de leurs habitants. Ce sont des villes populaires.
Le breton, vous le parlez couramment aujourd'hui. Pourquoi avoir appris cette langue ?
Le breton m'a vraiment apaisé. Je me suis rendu compte que mes tournures de phrases étaient liées au breton, le français ne me permettait pas de m'exprimer comme je le voulais ! En breton, on place l'idée importante en début de phrase : comme j'aime être direct, cette langue me fait du bien. Avec ma compagne (Emilie Quinquis – ndrl), nous élevons notre enfant en breton. Je trouve important de s'intéresser aussi aux langues minoritaires, cela relève du patrimoine de l'humanité. Et ce n'est pas de la nostalgie, mais plutôt une ouverture pour comprendre les peuples et leur histoire.
Propos recueillis par Anne-Laure Jaouën
YANN TIERSEN
Solo + Electronics performance
MER 05 AOÛT – 21H30
Espace Jean-Pierre Pichard – LORIENT
Billetterie : festival-interceltique.bzh
