Peinture de façades : l’art au pied de la lettre
Depuis quelques années, les peintres en lettres s'illustrent sur les façades des commerçants bretons avec leurs enseignes et vitrines réalisées à la main.
Tristan Gesret ©Yann Kerihuel
Morgane Côme ©Stephanie Vilette
On les croise sur les devantures de certaines brasseries ou salles de spectacle, sur les façades des hôtels ou restaurants, sur les véhicules d'artisans, les sites industriels ou même des bateaux : ce sont ces lettres peintes au parfum un peu rétro. Rétro, mais pas trop ! La peinture en lettres revient très fort dans la tendance. Lettres à la feuille d'or, textes peints à la main et autres lettrines originales sont plébiscités par les commerces, mais aussi les bâtiments publics et même les cabinets de santé pour remettre un peu d'originalité et de poésie dans les rues. « C'est un artisanat qui a déjà 200 ans, rembobine Morgane Côme, peintre en lettres à Quimperlé (29). Il a accompagné le développement du commerce à la révolution industrielle. La peinture en lettres avait disparu en France depuis les années 1950 et revient en force aujourd'hui, comme la dorure sur verre. » En Bretagne, plus d'une douzaine de peintres en lettres ont émergé ces dernières années. On en compte une centaine en France. À Grand-Champ (56), Tristan Gesret organise même des rencontres nationales chaque printemps, invitant les professionnels de toute la France pour un week-end d'échanges et de challenge : « Cette année, nous avons emmené tout le monde à Belle-Île pour recréer des enseignes d'écoles de surf, avec une planche de surf à placer dans le décor ! »
Un artisanat complet et remarqué
S'il n'existe plus de formation officielle en France, la nouvelle génération, souvent formée à l'étranger, cherche déjà à transmettre son savoir-faire et à recréer un réseau de professionnels. « C'est un artisanat très complet, reprend Morgane Côme. Dessiner les lettres, choisir les couleurs, la composition, travailler en extérieur… Nous sommes en bout de chaîne, entre décoration, graphisme et BTP. » Ce qui donne aussi des profils variés dans les peintres en lettres : anciens graphistes, décorateurs ou même grapheurs ! Et surtout, ça marche : on se lasse des enseignes standardisées.
Pour Tristan Gesret, « la peinture en lettres coche toutes les cases de ce que l'on recherche aujourd'hui. C'est fait à la main, artisanal, local et cela apporte un supplément d'âme ». Avec un effort particulier sur l'esthétique : « On cherche à retrouver du beau, à harmoniser les centres-villes, les façades. Certaines mairies interdisent même les enseignes en plastique… »
Le tropisme breton
Certaines régions sont mieux loties que d'autres. On compte une forte concentration de peintres en lettres en Île-de-France et en Bretagne, mais presque rien dans l'Est… « En Bretagne, on travaille beaucoup sur l'enduit. C'est plus simple à mettre en œuvre sur les pignons, et ça tient bien en bord de mer », constate Morgane. « J'ai fait une trentaine de devantures sur le port du Palais, à Belle-Île, pointe Tristan. Une grande fresque à l'entrée du Bono, un pignon pour la marque Rustine à Grand-Champ lors du passage du Tour de France… Il y a un véritable intérêt pour les lettres et enseignes peintes en Bretagne. » Et les artistes interviennent bien au-delà. Après le Costa Rica et New York, Tristan vient de décrocher le chantier d'une fresque pour le lycée français de Doha au Qatar, « c'est très demandé à l'international, une nostalgie du savoir-faire à la française ». ANNE-LAURE JAOUËN
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Morgane Côme signe le livre « La peinture en lettres, Histoire & Renouveau » attendu pour la rentrée et déjà dispo en prévente : morganec.fr
Tristan Gesret multiplie les chantiers et a lancé sa propre marque : www.etsgesret.fr
