Le skate, de la rue à la scène

Ça roule pour la planche à roulettes. En Bretagne, on ne compte plus les skateparks, les skate shops et les animations autour du skate : festivals, concours et maintenant spectacles.

L’école de surf et de skate de Guidel ©DR

Fiskal de la compagnie bretonne C’hoari ©DR

Dominant l’océan, l’ancien sémaphore de Guidel-Plages héberge les nouveaux locaux de la WSA, l’école de surf et de skate de la ville balnéaire. Un site exceptionnel offert à la glisse sous toutes ses formes, complété par le skatepark du bourg de Guidel. « On a accueilli les championnats de France l’été dernier, rembobinent Fred et Dan, de la WSA. Près de 80 participants venus de toute la France, c’était spectaculaire ! On a eu de très bons retours, y compris des habitants, et on a gagné en crédibilité. » Le skatepark de Guidel comprend déjà un bowl de 980 m2, auquel vont bientôt s’ajouter 1 000 m2 de modules pour le « street skate » et une mini rampe sous préau, le tout adapté aux compétitions. Pourquoi cette montée en puissance ? « Le skate connait un vrai regain depuis son entrée aux JO en 2016. Son image a évolué, la pratique se démocratise et se féminise », répondent les deux moniteurs. Pour preuve, la WSA compte près de 150 licenciés en skate, dont 35 % de filles, et développe les partenariats avec les établissements scolaires et les associations. À noter que la pratique en Bretagne ne cesse de progresser, la région comptant une quinzaine de clubs et se classant dans le top 5 français.

La liberté à roulettes

Né dans les décennies 1950-60 aux États-Unis, le skateboard a grandi avec ses pratiquants. « Il n’est pas rare de voir des quinquas sur la rampe », s’amusent Fred et Dan. La WSA propose d’ailleurs des cours aux adultes, une vingtaine de fidèles qui viennent rouler ensemble. Devenue plus académique, la pratique mélange plusieurs univers et se diversifie : le street, libre et affranchi des règles, le skate en club, avec des cours et une progression rapide, le skate de compétition, le longboard et la danse sur longboard… « On peut même aller au skatepark sans skater, on cherche surtout ce sentiment de liberté, de créativité et d’entraide. C’est la culture skate ! Et elle s’étend au graphisme, à la mode, à la vidéo, la photo, au DIY*. » Une culture célébrée chaque année depuis 2017 à l’Estran à Guidel, lors du festival Surf and skate culture qui mêle conférences, projections, expositions, rencontres, débats. La session printanière, le 25 avril, abordera « la géographie du corps ».

Le skate sur les planches

« Le skate est pluriel, rappelle Xavier Le Jeune, directeur de l’Estran. Il est porteur de liberté et d’entraide, de revendications du corps dans l’espace, de comment vivre avec la ville, se déplacer, créer, bouger… Ce qui attire dans le skate ? C’est la fluidité, la beauté, la glisse, un rapport au corps différent. » Une discipline qui découvre maintenant les feux de la rampe. « Entre acrobatie et équilibre, le skate se rapproche des arts du cirque. C’est un art du mouvement qui se prête bien à la scène », observe Xavier Le Jeune. De grosses productions ont ainsi émergé ces dernières années, comme Archipel et Ollie, du chorégraphe belge Nicolas Musin avec 18 artistes et skateurs sur scène, des décors monumentaux…

En Bretagne, la compagnie C'hoari a créé Fiskal, un spectacle mêlant skate et danse bretonne co-produit, entre autres, par l’Estran à Guidel, Athéna à Auray, le Théâtre de Lorient, Le Dôme de Saint-Avé, L’Hermine à Sarzeau, le Théâtre de Cornouaille à Quimper ou Le Fourneau à Brest. « Le spectacle est né de l’envie de voir comment les deux mondes se répondent sur les valeurs, sur ce qui fait communauté », retrace Pauline Sonnic, de la compagnie C'hoari. Le skate rassemble autour de l’engagement, quitte à contourner le système, et avec beaucoup de créativité. Entre mouvements des corps et jeux d’équilibre, danse bretonne et skate dialoguent sur scène et font se croiser les publics et les générations. « On a voulu émanciper le skate de son environnement naturel (la rue, l'espace public), pour créer quelque chose de nouveau. Le skate est un bon sujet d’étude et de recherche artistique », ajoute la chorégraphe. Comme le street art qui a investi les musées, le skateboard a conquis la scène.

Article d’Anne-Laure Jaouën pour Sortir Ici

*Do It Yourself : bricolage, autonomie, débrouille. Les skaters fabriquent parfois leurs propres modules ou rampes de skate sur mesure.


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