Interview de KEREN ANN : “Je suis une raconteuse en musique”
Révélée en 2000 avec des textes écrits pour Henri Salvador, la chanteuse et compositrice Keren Ann passera par Vannes le 29 avril, puis par Rennes le 7 mai : une tournée qui accompagne son nouvel album, Paris Amour, sorti fin 2025.
Keren Ann ©Amit Israeli
Vous présentez sur scène votre dixième album intitulé Paris Amour. S’agit-il uniquement de Paris ?
Keren Ann : C’est bien plus qu’une déclaration d’amour à Paris, ce sont des histoires racontées depuis Paris, où je vis, et pas uniquement pour la ville. Je recueille mes idées, je vis, je raconte. En fait, une seule chanson est consacrée à Paris, et à la complexité des relations quand on vit quelque-part : une sensation solide d’amour, mais aussi des questionnements sur Paris, ce qu’on s’apporte, comment on se heurte…
Vous dites que « vous racontez » : il est vrai que cet album rassemble des histoires, des tranches de vie. On le dit même cinématographique.
Je suis une raconteuse en musique. Cet album livre des histoires de vie, toujours écrites à la première personne : j’aime l’écriture en narration, liée à une émotion vécue, même si cette histoire peut être empruntée. Par exemple, la chanson Les désirs fatigués des navires d’argent, parle du confort qui s’installe quand on prend de l’âge. Avec un peu d’humour, je note qu’après avoir beaucoup voyagé, on ressent parfois une flemme poétique… Dans l’Expérience de l’étrange inégal, j’aborde l’infidélité et l’adultère avec poésie et tendresse. Je joue sur les mots, entre mer et mère, pour Comme si la mer se divisait, et je rends hommage au son dans Musique à fond, et à la chance que j’ai de faire ce métier qui me comble…
L’album s’ouvre sur La sublime solitude, au piano. Une chanson intime, qui parle de vous ?
J’évoque la solitude de l’auteur, plus souvent abordée par les femmes, comme Virginia Woolf dans son essai féministe Une chambre à soi. Un lieu à soi est nécessaire pour écrire, en tant que femme et auteure on met souvent une distance entre nous et le monde. Cette solitude, loin d’être austère, me semble sublime : c’est même un privilège, car le labeur d’écriture demande cette sublime solitude. La chanson aborde aussi la solitude en général, celle qui touche l’auteur, la mère, l’amoureuse. Une thématique qui traverse mes albums…
Vous fêtez 26 ans de carrière en tant qu’interprète, auteur et compositrice. Comment se renouveler, comment éviter la lassitude ?
Il faut évoluer, grandir, améliorer ses compétences pour être à la hauteur. Il ne s’agit pas de chercher à écrire la meilleure chanson, mais d’approfondir son écriture, ses sons, ses arrangements, sa production… J’aime ce principe de recherche continue : au piano, avec de nouveaux instruments, il y a toujours beaucoup à apprendre. Au fil des albums, je cherche à aller plus loin, à être plus juste, à m’améliorer dans mon art et dans mon œuvre. C’est le processus qui compte, l’investigation progressive, plus que le résultat. Et ça n’a jamais de fin !
Vous aimez varier les arrangements : du piano, des sons des années 1960 ou 1970, de la pop électro ou acoustique… Quelles sont vos influences, comment composez-vous ?
Si je suis sur une chanson classique au piano/voix, type années 1930, je vais ajouter des éléments électro pour rappeler notre époque. J’écoute beaucoup de hip hop, et par exemple La sublime solitude, qui est une vraie chanson française, intemporelle, s’accompagne d’un groove proche du hip hop. En ce moment, j’écoute aussi Chostakovitch, Stravinsky, Dvořák… Je suis toujours dans ce processus de recherche : j’ai réussi à créer mon univers sonore, mais j’aime l’habiller avec deux ou trois éléments nouveaux. Tous les instruments m’intéressent, je ne fais pas de différence de valeur entre un quatuor et une guitare : chaque instrument est une couleur, un matériau.
Vous êtes artiste associée au Théâtre National de Bretagne à Rennes, vous avez collaboré avec l’Orchestre National de Bretagne… Vous avez un attachement particulier à la Bretagne ?
Quand j’étais jeune, avec mon nom, Keren Ann, tout le monde pensait que j’étais Bretonne ! Et avec le temps et les tournées, à force de venir en Bretagne, j’apprécie vraiment la région. D’ailleurs, l’une de mes chansons dans mon dernier album s’intitule Les remparts de Saint-Malo !
Propos recueillis par Anne-Laure Jaouën, pour Sortir Ici
KEREN ANN EN BRETAGNE
MER 29 AVRIL – 20H (complet)
Palais des Arts - VANNES
JEU 07 MAI – 20H30
TNB – RENNES
t-n-b.fr
