LE BIEN-ÊTRE, PAS SI BÊTE
Les parcs animaliers et océanographiques des lieux de détente et de découverte de la biodiversité ? Oui, mais en coulisses, il se joue bien plus : le bien-être animal et la sauvegarde des espèces. Le point avec Les Terres de Nataé dans le Morbihan, Océanopolis dans le Finistère et le zooparc de Trégomeur dans les Côtes-d'Armor.
© Terres de Nataé
Pandas roux, manchots du Cap, éléphants d'Asie ou tortues de Madagascar : une sortie dans un parc zoologique ou océanographique est toujours un émerveillement, à tout âge. Si les anciens zoos ont laissé la place aux parcs animaliers, c'est que leurs missions ont évolué, et que les animaux présentés sont pour beaucoup issus d'espèces menacées par l'homme. Une mission qui n'a rien de simple. « En tant que parcs, notre travail consiste entre autres, à créer des populations de secours en captivité, commente Sébastien Musset, capitaine des Terres de Nataé à Pont-Scorff. Nous collaborons avec de nombreuses associations et de nombreux scientifiques qui, eux, ont l'expertise dans le milieu naturel. Ils sont directement en lien avec les communautés locales, les écoles, pour sensibiliser, aider à réduire les menaces (braconnage, déforestation...) et trouver des solutions pérennes. »
LA CONSERVATION, À QUOI ÇA SERT ?
« La déforestation, la chasse, le changement climatique : l'érosion de la biodiversité s'accélère, pointe Solenn Marzin, directrice du zooparc de Trégomeur. Accueillir des animaux chez nous, c'est constituer des réserves d'individus et donner du temps aux espèces pour s'adapter. Aujourd'hui, les parcs animaliers sont considérés comme des sanctuaires pour la biodiversité. »
Une activité réglementée au niveau français, européen et même mondial, avec la mise en place de programmes internationaux visant à faire travailler ensemble parcs animaliers et associations locales pour sauvegarder les espèces, faciliter la reproduction et parfois la réintroduction dans la nature.
COMMENT ÇA MARCHE ?
500 espèces sont concernées par des programmes de conservation en Europe. 60 % des espèces accueillies au parc refuge des Terres de Nataé sont, aujourd'hui, menacées d'extinction. Ce taux ne tient pas compte de certains individus tels que les panthères noires ou encore les tigres dorés et blancs issus de spectacles ou de cirque.
La conservation porte également sur le capital génétique. « Pour une espèce comme la panthère nébuleuse, le mâle a parfois tendance à tuer la femelle, commente Sébastien Musset. Dans le cadre du programme européen sur la génétique, nous travaillons à tester l'insémination artificielle, avec l'aide d'experts étrangers. » À Brest, Océanopolis va jusqu'à reconstituer des écosystèmes marins complets : « c'est très riche et très complexe, on trouve des centaines d'espèces dans un mètre carré de récif corallien, expose Dominique Barthelemy, conservateur en charge du vivant. Les coraux sont des animaux marins menacés, mais difficiles à maintenir en aquarium. Il a fallu plus de 20 ans d'expertise pour mieux les connaitre afin de mieux les protéger ».
COMMENT LES RÉINTRODUIRE DANS LA NATURE ?
La réintroduction est prévue par ces mêmes programmes, en lien avec les populations locales. Océanopolis est le premier en Europe à maîtriser la reproduction du requin zèbre en aquarium : « nous échangeons des œufs et des juvéniles avec d'autres parcs européens, cela évite les prélèvements. Cette expertise des aquariums a permis de faire naître puis relâcher de jeunes requins zèbres en Indonésie ». D'autres animaux sont plus difficiles à réintroduire : à cause du manque d'espace ou de l'incompatibilité avec les activités humaines. On le voit en France avec les loups : « on travaille avec une association qui accompagne les éleveurs confrontés au loup », expose Sébastien Musset. À Trégomeur, un cerf et une biche du Père David venus d'un zoo de République Tchèque ont rejoint les deux femelles déjà présentes : cette espèce est considérée comme éteinte à l'état sauvage, et aucune réintroduction n'est envisagée. « C'est un travail de long terme, qui vise pour l'instant la sauvegarde ».
QUELLE VIE POUR EUX EN CAPTIVITÉ ?
« Dans le milieu aquatique, les animaux sont très exigeants sur leurs conditions de vie, sinon ils meurent rapidement, alerte Dominique Barthelemy. On s'appuie sur des grilles de critères relatives à chaque espèce. » Solenn Marzin rappelle que « les soigneurs voient les animaux deux fois par jour, ils remarquent tout de suite si quelque chose cloche ». Aux Terres de Nataé, on insiste sur la liberté et l'observation des animaux : « notamment leur capacité à exprimer un comportement naturel, comme creuser, grimper aux arbres, et leur interaction avec les autres espèces », explique le capitaine du 1er parc animalier de Bretagne. Le parc de Pont-Scorff tient aussi à préserver leur intimité : « ce n'est pas un showroom, on ne verra pas tous les animaux à chaque visite ».
COMMENT SENSIBILISER LE PUBLIC ?
« L'objectif n'est pas seulement de montrer des animaux, martèle Dominique Barthelemy. L'idée est davantage de raconter une histoire, d'informer, de sensibiliser. La présence du vivant est un moyen de capter l'attention, d'émerveiller les visiteurs pour leur donner envie de protéger la nature. » « Chez nous, il n'y a pas de spectacle, on préfère les animations pédagogiques, autour du nourrissage ou du soin, abonde Sébastien Musset. On ne cherche pas à donner des leçons ou à culpabiliser, mais plutôt à expliquer. » Bien sûr, tous proposent des visites et animations commentées avec les soigneurs, l'accueil des scolaires, et des panneaux explicatifs au fil du parcours. Trégomeur et les Terres de Nataé travaillent même sur une BD ! AL Jaouën avec BMo
