L’opéra va crescendo en Bretagne

Dans le Finistère et le Morbihan, de nombreuses salles proposent cette saison des spectacles lyriques en partenariat avec l’Opéra de Rennes. Un intérêt de la Bretagne pour l’opéra qui trouve son point d’orgue avec Lucia di Lammermoor, une création à voir à Rennes en février et à Lorient début mars avant une tournée partout en France.

Opéra de Rennes Sortir Ici

Opéra de Rennes ®Alexis Bross

Cinq dates à l’Opéra de Rennes, du 7 au 14 février, deux au Théâtre de Lorient les 3 et 5 mars, plus de 5 000 spectateurs attendus… Lucia di Lammermoor s’impose comme l’un des temps forts de la saison lyrique en Bretagne. Cette création originale illustre la vitalité d’une programmation ambitieuse et la réussite d’une politique culturelle régionale fondée sur la coopération.

Lucia di Lammermoor est portée notamment par Matthieu Rietzler, directeur de l’Opéra de Rennes, et Simon Delétang, directeur du Théâtre de Lorient. Pour ce dernier, la reprise du célèbre opéra de Gaetano Donizetti constitue sa première mise en scène lyrique. Tout un symbole !

Au-delà de son partenariat avec le Centre dramatique national morbihannais, l’Opéra de Rennes s’appuie sur un vaste réseau de coopérations. Des scènes nationales comme le Quartz à Brest et le Théâtre de Cornouaille à Quimper, ainsi que des théâtres conventionnés à Morlaix, Vannes ou Sarzeau, participent activement à la diffusion de l’art lyrique sur le territoire. Grâce à ces collaborations, les publics finistériens et morbihannais ont ainsi pu découvrir durant la saison en cours Cendrillon, Brahms le Tzigane, Dans le chœur de Mozart ou encore Julie M, en garde et en scène. Autant de propositions qui témoignent d’une dynamique appelée à se poursuivre avec Lucia di Lammermoor.  BMO

Matthieu Rietzler, directeur de l’Opéra de Rennes

“ Si tu ne viens pas à l’opéra, l’opéra viendra à toi ”

Coopération avec les salles du territoire, nouvelle création de Lucia di Lammermoor… Le directeur de l’unique opéra en Bretagne a accepté de répondre aux questions de Sortir Ici.

©Opéra de Rennes

Quel rôle joue l’Opéra de Rennes dans la diffusion du lyrique en Bretagne ?

Nous sommes le seul opéra de la région et, à ce titre, nous avons une mission claire : proposer des spectacles lyriques sur l’ensemble du territoire breton. Cela repose sur un dialogue constant avec les salles partenaires. Nous n’arrivons pas comme des « vendeurs d’opéra ». Ces collaborations naissent d’un désir commun de travailler ensemble.

Il est essentiel d’adapter chaque production aux lieux qui l’accueillent. Le Théâtre de Lorient, par exemple, dispose d’une fosse d’orchestre permettant d’accueillir un opéra de grand format comme Lucia di Lammermoor. Cendrillon, en revanche, correspond mieux à des salles comme le Palais des Arts de Vannes ou le Théâtre de Morlaix. Nous développons aussi des formats pour des plus petits lieux, en collaboration avec nos ensembles partenaires, Le Banquet Céleste et le Chœur de chambre Mélisme(s).

Jouer hors de Rennes permet-il de toucher un public plus large et de lutter contre l’image élitiste de l’opéra ?

C’est une volonté affirmée depuis plusieurs années. Nous souhaitons aller à la rencontre de spectateurs qui ne viendraient pas spontanément à l’opéra. Notre credo est simple : « si tu ne viens pas à l’opéra, l’opéra viendra à toi ». Au-delà des salles, nous avons créé notre propre compagnie, composée de trois chanteurs et deux musiciens, avec des spectacles pensés comme des arts de la rue, capables de se jouer partout, y compris dans des guinguettes.

Nous menons également des actions de sensibilisation auprès du grand public, comme l’opéra sur grand écran. L’an dernier, La Flûte enchantée de Mozart a rassemblé un public très large grâce à des fans zones installées dans 70 villes de Bretagne et des Pays de la Loire.

Pourquoi avoir confié la mise en scène de Lucia di Lammermoor à Simon Delétang, directeur du Théâtre de Lorient ?

Je connais bien le travail de Simon Delétang. C'est un grand directeur d'acteurs et un scénographe très plastique. Son approche est profondément musicale, avec une sensibilité romantique qui correspond pleinement à l’œuvre de Donizetti.

Était-ce un pari de lui confier sa première mise en scène lyrique ?

L’Opéra de Rennes est un lieu propice à ce type d’audace. Un metteur en scène issu du théâtre apporte souvent un regard différent sur l’opéra. Nous assumons pleinement cette démarche.

Nous avons déjà confié des mises en scène à des artistes venus d’autres horizons, comme Mathieu Bauer, directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil. L’an prochain, nous travaillerons avec la metteuse en scène Ambre Kahan. Ces croisements nourrissent le renouvellement du regard porté sur le lyrique.

Lucia di Lammermoor a aussi un rayonnement national et international…

L’opéra est, par essence, un art international. La direction musicale de Lucia di Lammermoor a été confiée au chef d’orchestre allemand Jakob Lehmann. Les deux artistes qui interpréteront Lucia n’ont, quant à elles, encore jamais chanté en France.

Le spectacle sera joué 17 fois dès sa première année, ce qui reste rare pour une nouvelle production. Il faut aussi préciser que les décors sont fabriqués à Rennes et que le Chœur de chambre Mélisme(s) participe à la tournée. Cela génère de nombreux emplois en Bretagne.

Comment se passe la cohabitation artistique entre le metteur en scène
et le directeur musical ?

On est un peu dans la configuration de deux grands chefs qui doivent travailler ensemble en cuisine. Tout repose sur la complémentarité et l’écoute. Dans un premier temps, le metteur en scène présente la maquette du spectacle, à partir de laquelle sont conçus les décors et les costumes.

Lors des répétitions, chacun trouve sa place. Pendant quatre semaines, le metteur en scène travaille avec les chanteurs, tandis que le chef d’orchestre  dirige l'accompagnement au piano. Les dix derniers jours, le directeur musical prend le relais et dirige l’ensemble avec les musiciens.

Notre rôle, en tant qu’opéra, est de créer ces « mariages arrangés ». Cela demande une certaine intuition pour que les personnalités artistiques puissent réellement fonctionner ensemble. Propos recueillis par BMO

opera-rennes.fr

 
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