EXPO Jean Painlevé à Pont-Aven : une immersion scientifique sur le littoral breton
Au Musée de Pont-Aven, le cinéma plonge sous la surface de l’eau. Jusqu’au 31 mai, l’exposition Jean Painlevé, les pieds dans l’eau entraîne le public sur le littoral breton, là où le savant-cinéaste a forgé un regard unique avec sa rigueur scientifique, sa poésie visuelle et sa fascination pour le vivant.
Jean Painlevé avec la Caméflex tenue par le harnais conçu par Geneviève Hamon, Roscoff, vers 1958
Épreuve gélatino-argentique d’époque
Les Documents Cinématographiques/Archives Jean Painlevé
Oursins de roche sans et avec piquants [Les Oursins], vers 1929
Photomontage
Les Documents Cinématographiques/Archives Jean Painlevé
Le Musée de Pont-Aven a l'art de surprendre le public. Jusqu’au 31 mai, l’exposition Jean Painlevé, les pieds dans l’eau invite à une exploration visuelle et scientifique, où le cinéma devient un outil d’observation du vivant et de la mer.
Les films projetés, pour certains tournés dès la fin des années 1920, frappent par la précision du regard et la modernité du geste. Le lien avec le littoral breton s’impose immédiatement. « La Bretagne a joué un rôle essentiel dans le parcours de Jean Painlevé », rappelle Sophie Kervran, conservatrice en chef et directrice du Musée de Pont-Aven.
Né en 1902, Jean Painlevé grandit dans la science et la politique aux côtés de son père Paul mathématicien et homme d’État. Après des études de biologie et de médecine, il réalise en 1927 son premier film, L’Œuf d’épinoche, acte fondateur d’une œuvre qui comptera plus de deux cents réalisations. Dès les années 1930, il s’impose comme un pionnier du cinéma scientifique et de vulgarisation, tout en étant reconnu par les cercles de l’avant-garde.
Des étés au Pouldu et à Port-Blanc
Avant d’être un cinéaste reconnu par les avant-gardistes, Jean Painlevé est aussi un homme du littoral. Dès son plus jeune âge, il passe ses étés au Pouldu, puis à Port-Blanc, où il développe une fascination durable pour la faune marine. C’est dans une maison bretonne, Ty an Diaoul, qu’il installe, à la fin des années 1920, un studio de tournage improvisé et réalise ses premiers films consacrés aux animaux du rivage. Le bord de mer devient alors un véritable laboratoire.
Conçue avec le Jeu de Paume à Paris, l’exposition du Musée de Pont-Aven rassemble plus de deux cents œuvres : des films, des photographies, des photogrammes, des documents d’archives et des objets. Le parcours se découvre comme une immersion progressive. Le visiteur commence par le littoral, avec des crabes, des crevettes et des oursins filmés en gros plan, avant de basculer vers le monde microscopique, où cristaux liquides et organismes invisibles composent des formes presque abstraites, notamment dans les films réalisés dans les années 1970.
La nature danse
Ce qui domine, tout au long du parcours, c’est le mouvement. Chez Jean Painlevé, la nature danse. Les animaux, la lumière et le rythme du montage dialoguent avec la musique, du jazz aux compositions contemporaines. À partir des années 1950, le cinéaste réalise un nombre important de films avec sa compagne Geneviève Hamon. Il collabore avec des chercheurs, en particulier à la station biologique de Roscoff, tout en poursuivant une production destinée au grand public.
Engagé dans la Résistance, puis nommé en 1944 à la direction générale du Cinéma français, Jean Painlevé demeure toute sa vie un esprit indépendant. Professeur à l’université de Vincennes à partir de la fin des années 1960, il continue à filmer jusqu’au début des années 1980. Lorsqu’il s’éteint en 1989, son œuvre a déjà profondément marqué l’histoire du cinéma documentaire. Ce que le Musée de Pont-Aven parvient, avec beaucoup de sensibilité, à retranscrire dans l’exposition Jean Painlevé, les pieds dans l’eau.
JEAN PAINLEVÉ, LES PIEDS DANS L’EAU
SAM 07 FÉV AU DIM 31 MAI
tous les jours de 10h à 18h, sauf le lundi
Musée de PONT-AVEN
Les mots de Sophie Kervran, conservatrice en chef, directrice du Musée de Pont-Aven
« Nous poursuivons notre ouverture vers d’autres médiums que la peinture : après Willy Ronis et Vivian Maier, Jean Painlevé prend la relève avec ses photographies et ses films qui allient documentaire, science et art et qui ont été une source d’inspiration pour les surréalistes. Nous continuons également nos collaborations avec des institutions de grande envergure comme ici le Jeu de Paume, centre d’art dédié à l’image à Paris. »
