Simon Delétang : « Le style de Leïla Slimani se prête bien à l'écriture dramatique »
La première pièce écrite par Leïla Slimani, la première création avec la Comédie-Française en province… Pour Sortir Ici, Simon Delétang dévoile les coulisses de Résurrection - un cas de conscience, le spectacle événement qu'il a mis en scène et qui sera joué du 6 au 9 octobre au Théâtre de Lorient.
Lecture fin juin de Résurrection – un cas de conscience à Paris avec Simon Delétang, Leïla Slimani et les comédien·ne·s — © Jean-Louis Fernandez
Comment est née la création de Résurrection - un cas de conscience avec Leïla Slimani ?
À l'origine, c'est un double projet. J'ai proposé à Leïla Slimani d'être artiste compagnonne du Théâtre de Lorient lorsque j'en ai pris la direction en 2023. Il était important pour moi d'avoir une romancière dans ce projet. J'avais déjà l'idée de lui commander sa première pièce de théâtre. En lisant ses romans, j'ai senti que son style se prêtait bien à l'écriture dramatique. J'ai souhaité lui laisser toute liberté dans le choix du sujet.
Qui a choisi de s'inspirer du roman de Tolstoï ?
C'est Leïla ! Elle m'a proposé plusieurs manuscrits, dont Résurrection de Tolstoï. Cela la rassurait de partir d'un roman. Quand j'ai lu Résurrection, je me suis dit : « Bingo ! » D'abord parce que je suis fan de littérature russe, mais aussi parce que le sujet demeure très moderne.
S'agit-il d'une réécriture d'une partie du roman de Tolstoï ?
Il s'agit plutôt d'une transposition. Leïla a gardé l'intrigue du roman avant de la faire exploser avec ses propres mots.
C'est la première fois que vous confiez l'écriture d'une de vos créations à une romancière et que Leïla Slimani écrit pour le théâtre. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Nous avons notamment décidé ensemble du nombre de personnages et du lieu, afin de définir un cadre pour le scénario, une sorte d'architecture de la pièce. Ensuite, Leïla a écrit un premier jet et je lui ai fait un retour afin que son écriture s'adapte aux besoins du théâtre.
Qu'est-ce qui différencie l'écriture d'une pièce de celle d'un roman ?
Il faut moins de mots et moins de précisions. Au théâtre, le décor, la lumière et les acteurs apportent eux-mêmes des indications. Les silences sont, par exemple, très importants dans le jeu des comédiens. Leïla a aussi dû s'adapter en composant des dialogues pour quatre ou cinq interprètes.
Comment avez-vous convaincu la troupe de la Comédie-Française de participer pour la première fois à une création en province ?
Cela s'est fait avec beaucoup de douceur et assez naturellement. J'avais déjà travaillé avec des interprètes de la Troupe comme Marina Hands, Loïc Corbery ou Guillaume Gallienne sur La Mort de Danton, que j'ai mis en scène en 2023 à la Comédie-Française. Clément Hervieu-Léger, le nouvel administrateur de la Comédie-Française, a entendu parler de ce projet avec Leïla lorsqu'il est venu jouer au Théâtre de Lorient. Il a souhaité que nous le fassions ensemble.
Avez-vous vous-même choisi les interprètes de la Comédie-Française ?
Oui, bien sûr ! Leïla a écrit les personnages principaux pour Marina Hands et Loïc Corbery. Elle a également écrit en pensant à Guillaume Gallienne. Ensuite, Clément Hervieu-Léger a dû s'assurer de la disponibilité de ses comédiens en prévision de la tournée et des représentations au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris. Pour Résurrection - un cas de conscience, nous avons également choisi des acteurs qui ne font pas partie de la Comédie-Française.
On connaît votre attention particulière à la scénographie et aux décors. Faut-il s'attendre à des surprises avec Résurrection - un cas de conscience ?
C'est le décor le plus important que nous ayons réalisé depuis que je suis au Théâtre de Lorient. Il a notamment été conçu pour pouvoir être joué au Vieux-Colombier à Paris, avec un dispositif complexe et très technique. L'autre nouveauté tient au fait qu'une partie des costumes sera confectionnée dans un atelier du Théâtre de Lorient.
Que ressentez-vous à l'idée de voir une création produite par le Théâtre de Lorient être jouée jusqu'au début de l'année 2027 dans plusieurs théâtres partenaires en France, avec notamment 35 représentations à Paris ?
Je suis ravi. Ce projet est l'aboutissement, sans être une fin, de ce que j'ai construit au cours de mon parcours professionnel. C'est une croisée de mes rencontres avec la Comédie-Française, le Théâtre de Lorient et Leïla Slimani. Propos recueillis par BMO
Infos pratiques :
RÉSURRECTION – UN CAS DE CONSCIENCE
Théâtre — MAR 06 au VEN 09 OCT – 20H
Salle Marie Dorval – LORIENT
theatredelorient.fr
